Le basculement inattendu du PAM (Parti authenticité et modernité) dans l’opposition, sa décision de ne plus soutenir la majorité actuelle fragilisent indéniablement le gouvernement. Et en dépit du soutien royal depuis Paris, Abbas El Fassi ne cesse de s’affaiblir. En même temps, les partis politiques font preuve de prudence et préfèrent attendre l’après-12 juin. Certains de leurs dirigeants déclarent, sous le couvert de l’anonymat, qu’ils ne sont pas dupes et que tout cela ne signifie aucunement une remise en cause de la proximité entre le roi et son ami.
C’est dans un grand hôtel à Rabat que le PAM a choisi de lire le communiqué annonçant le retrait de son soutien au gouvernement, le vendredi 29 mai. Le même communiqué ajoute que le PAM bascule désormais dans l’opposition parlementaire et qu’il entend l’exercer pendant une durée indéterminée. Le principal motif serait le «comportement de légèreté et de désintérêt à l’égard des initiatives prises par le parti pour contenir la crise politique avant de recourir à la justice qui a tranché». Tout a commencé, en effet, lorsque le ministère de l’Intérieur a refusé la candidature de certains députés du PAM, conformément à l’article 5 de la loi sur les partis politiques qui interdit aux députés de se présenter au nom d’un autre parti que celui sous la bannière duquel il est présenté pour la législature en cours. C’est tout le problème de ceux que l’on appelle les «transhumants». Quoi qu’il en soit, juste après cette annonce, les questions des journalistes ont commencé à fuser. Qu’en sera-t-il, par exemple, d’Ahmed Akhchichine, qui est à la fois ministre de l’Education nationale et membre du PAM ? Celui-ci exercera-t-il désormais l’opposition contre un gouvernement qui compte, parmi ses ministres, un dirigeant du parti d’El Himma ? Et puis, quelle est l’utilité d’une telle décision alors que la justice administrative avait déjà débouté le ministère de l’Intérieur et donné raison aux députés fraîchement apparentés au PAM ? A toutes ces questions, Biadillah se contentait de répondre laconiquement : «Toute décision concernant notre ministre revient à Sa Majesté…» La conférence de presse a finalement duré 20 minutes, sans plus. Le lendemain, depuis Paris où il effectue un long séjour privé, le chef de l’Etat réagit via «une communication royale» pour «renouveler sa confiance» au gouvernement Abbas El Fassi. Le jeu des réactions et des contre-réactions ne s’arrête pas là. S’estimant conforté par la position du roi, le Premier ministre, à son tour, se permet une critique à l’encontre du PAM. Il considère ainsi la décision d’El Himma comme un acte visant à «perturber» la campagne électorale, mais dans son élan il commet une bourde politique en déclarant à propos du PAM : «Voilà un parti qui a été acquitté par la justice, ainsi que par le gouvernement ; le ministre de l’Intérieur l’a également acquitté en lui accordant le droit de ne pas appliquer l’article 5 de la loi sur les partis, ce qui a permis aux députés qui ont rejoint ce parti de se porter candidats aux communales… Et même si toutes les autres formations voulaient l’application stricte de cet article 5, la satisfaction a été accordée à ce parti…»
Le temps d’un week-end Après cette déclaration qui considère les décisions de la justice comme un moyen pour satisfaire le PAM, observateurs, hommes politiques et simples militants sont restés perplexes. «…Que signifie, par exemple, le fait que le ministre de l’Intérieur l’a acquitté en lui accordant le droit de ne pas appliquer l’article 5 ? Est-ce que le fait de ne pas appliquer une disposition de la loi est devenu un droit ?», s’emporte un membre dirigeant du Mouvement populaire. Après cette fin de semaine mouvementée, une atmosphère de prudence règne sur les états-majors des partis. Mais la plupart des hommes politiques ne se font pas d’illusion. Certains sont persuadés qu’il ne s’agit pas d’une remise en cause du soutien, bien connu, dont bénéficie le fondateur du PAM auprès du roi Mohammed VI. L’enjeu est bien plus complexe car la projection dans l’après-12 juin est très présente dans la décision d’El Himma de mettre un terme à son lien avec le gouvernement actuel. D’un côté, il coupe l’herbe sous le pied de l’USFP au cas où elle serait, encore une fois, tentée par le retrait du gouvernement. Le patron du PAM sait que la seule chance qu’a l’USFP de réaliser un sursaut politique et électoral –même très relatif- serait de prendre ses distances par rapport à l’un des Premiers ministres les moins populaires de l’Histoire du Maroc. Le PAM l’a compris et, pour donner un sens à ses ambitions politiques et électorales, il s’est écarté de l’actuel chef de gouvernement. En même temps, Fouad Ali El Himma sait que le premier secrétaire de l’USFP, Abdelouahed Radi, est lié par un pacte implicite avec le roi : réformer la justice. Se retirer d’une telle «mission» (même si rien de concret n’a été jusqu’à présent réalisé par l’actuel ministre de la Justice) serait perçu comme un pied-de-nez au monarque. D’un autre côté, le PAM ne tient pas à laisser l’exercice de l’opposition entre les -seules-mains du PJD (Parti justice et développement, islamiste représenté au parlement). «Nous avons déjà commencé à flirter avec les islamistes», a même confié un dirigeant du PAM au Journal hebdomadaire. Une rencontre a eu lieu, au cours de la dernière semaine de mai, entre Fouad Ali El Himma et Abdelilalh Benkirane (secrétaire général du PJD), dans le domicile de celui-ci à Salé. Mais en dépit de ces «revirements», les responsables du parti islamiste restent sceptiques et surtout très méfiants: «Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette décision a-t-elle eu lieu dans le tumulte de la campagne électorale? Quel est le sens de ce timing ? Il ne faut pas oublier que pendant qu’ils tiennent ce discours conciliant avec nous, les gens du PAM bénéficient d’un soutien massif de la part de l’administration lors de cette campagne…», affirme Saâd Eddine Othmani, membre du secrétariat général du PJD.
Personne n’est dupe C’est sans doute pour toutes ces raisons que la plupart des hommes politiques marocains ne considèrent pas ce scénario -entre le roi et son ami- comme une rupture positive dans les rapports entre la monarchie et son entourage d’une part, et les partis politiques d’autre part. «Personne n’est dupe. La proximité entre le roi et son ami ne peut pas changer du jour au lendemain, même si nous savons qu’il y a des luttes d’influence dans l’entourage du chef de l’Etat», reconnaît un cadre du Mouvement populaire. Certains sont persuadés que le phénomène Fouad Ali El Himma s’inscrit dans une continuité qui a commencé à la veille des dernières élections législatives et qu’elle changera la face de tout le paysage politique et partisan marocain : «Nous avions attiré l’attention de tout le monde sur ce phénomène dès septembre 2007 en le considérant comme une menace pour la démocratie. Nous avons estimé que le Maroc était entré dans un tunnel de régressions par rapport à la transition démocratique. Ce qui se passe aujourd’hui conforte tout ce que nous avions prédit et il n’y a qu’une seule issue possible : une réforme constitutionnelle», déclare Driss Lachguer, membre du Bureau politique de l’USFP. D’autres enfin, comme Abdelkrim Benatiq, secrétaire général du Parti travailliste, se plaignent du manque de clarté dans les rapports politiques au Maroc : «Tant que le jeu politique n’est pas clair, cela se reflètera sur les processus démocratiques, notamment les élections. On est en 2009 et tout à l’air si instable…» Au-delà de la position des uns et des autres, nombre d’observateurs estiment que la décision de Fouad Ali El Himma s’inscrit aussi dans le cadre d’une importante stratégie de communication politique. Selon une source interne, un membre dirigeant du PAM a même déclaré lors d’une réunion restreinte que ce qui compte, entre autres, c’est «l’effet d’annonce» que cette décision produira. Ceci dit, le parti de Fouad Ali El Himma continue son chemin électoral, avec des moyens politiques et financiers considérables : 16 448 candidats aux communales font qu’il est, aujourd’hui, le parti politique qui présente le plus de postulants aux mandats électoraux locaux. «Cela va de soi, souligne un haut responsable du PAM. Pour réussir le pari législatif de 2012, il faut d’abord s’implanter sur le plan local. Tout se prépare à l’avance, et à petits pas». En d’autres termes, la conquête de la Primature commence d’abord par la conquête d’une commune.
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Les 4 mousquetaires du PAM
Mohammed Cheikh Biadillah, l’apparatchik Depuis son élection à la tête du parti, cet ancien ministre de la Santé, d’origine sahraouie, joue un rôle à la fois politique et électoral. Il conduit les meetings et assure la médiation entre le PAM et d’autres acteurs politiques. Ahmed Akhchichine, l’influent Il est l’un des hommes les plus proches de Fouad Ali El Himma, notamment en matière de communication. Ce rôle, il l’avait également joué du temps de Driss Basri, lorsque celui-ci était au faîte de sa puissance. Salah El Ouadie, le figurant Il fait partie des ex-gauchos qui tournaient autour de Driss Benzekri. Il a aujourd’hui le titre de porte-parole du PAM. Après son échec lors des dernières élections partielles à Safi, il fait de la figuration. Hassan Benaadi, le fardeau Depuis qu’il a été écarté des instances dirigeantes par les notables du parti, cet ancien syndicaliste, sans charisme et sans envergure politique, tente de rester, difficilement, sous les lumières.