Peine capitale pour le principal accusé Abdelkader Belliraj, perpétuité pour d’autres et des peines de prison allant de 20 à 30 ans pour les six détenus politique… Un verdict couru d’avance.
Par : Fédoua Tounassi
Le monde des droits de l’homme est en émoi après le
réquisitoire du Parquet général près la Chambre criminelle à Salé dans
l’affaire Belliraj. Le procureur a requis, lundi 1er juin, la peine
capitale contre Abdelkader Belliraj, accusé principal dans l’affaire,
en plein débat au Maroc sur l’abolition de la peine de mort. «Le
réquisitoire contre mon client ne repose sur aucune preuve, le Parquet
n’a fait que reprendre ce qui est écrit dans les rapports de police.
Les cinq ou six assassinats qui lui sont attribués ne reposent sur
aucun fondement juridique», soutient Me Ahmed Taoufiq Idrissi, avocat
de Abdelkader Belliraj. Le Parquet général a également requis la
perpétuité contre 11 accusés dont les six considérés comme détenus
politiques par l’opinion publique : Mustapha Moatassim, secrétaire
général du parti Al Badil Al Hadari, et Mohamed Marouani, responsable
du parti non autorisé d’Al Oumma dissout dans le sillage de l’affaire
par une décision du Premier ministre Abbas El Fassi. Des peines de 25
ans de prison ferme ont été demandées contre Amine Regala, porte-parole
du parti, Abdelhafid Sriti, le correspondant de la chaîne Al Manar du
Hezbollah et Maa Al Aïnine Laâbadla, membre du conseil national du PJD.
D’autres peines allant de 1 à 20 ans de prison ferme ont été requises
contre le reste des accusés. «Les demandes du Parquet général sont
exagérées et les peines requises dépassent l’entendement. Nous espérons
que la justice fasse preuve d’indépendance et rende un verdict juste»,
déplore Mustapha Ramid, l’un des avocats de la défense. Le ton est à
l’optimisme même si le cœur n’y est pas : «Pour moi, l’affaire a été
jugée depuis la sortie médiatique du ministre de l’Intérieur en février
dernier avec, à ses côtés, Charki Draïss le patron de la police. Ses
déclarations ne laissaient aucun doute sur la suite de cette affaire»,
confie Ramid.
Doutes. Rappelons que l’affaire a éclaté le 20 février 2008 avec
une conférence de presse de Chakib Benmoussa pour annoncer le
démantèlement d’un dangereux réseau terroriste. «Le ton de Benmoussa ne
laissait aucun doute quant à la culpabilité des principaux accusés»,
réplique pour sa part un juriste. Depuis, l’affaire du «Réseau
Belliraj» a connu de nombreux rebondissements tous aussi rocambolesques
les uns que les autres. «Le juge d’instruction Abdelkader Chentouf a
toujours refusé d’autoriser la défense des six détenus politiques à
prendre copie du dossier d’instruction», soutient un avocat de la
défense. Depuis le démantèlement de ce présumé réseau terroriste,
l’opinion publique est perplexe et peu encline à croire la version
officielle. D’abord, la date de constitution de ce réseau aux profils
hétéroclites (du gardien de voitures au pharmacien, du policier au
gérant d’hôtel, du militant socialiste au correspondant d’Al Manar, la
chaîne du Hezbollah libanais…), reste très controversée, ainsi que
l’implication d’hommes politiques. Ensuite, les liens supposés du
Réseau avec Al Qaïda à travers le Groupe islamique combattant marocain
(GICM) et l’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat
(GSPC algérien, devenu branche d’Al Qaïda pour le Maghreb islamique),
et ses cibles potentielles qui sont imprécises. Même l’arsenal
découvert à Casablanca et Nador -kalachnikovs, pistolets mitrailleurs-
qui, selon les autorités, «pourrait constituer la plus grosse saisie
d’armes du Maroc» n’est pas crédible. Le réseau aurait été créé à
Tanger en 1992. Son financement aurait été assuré par l’argent de
hold-up (le célèbre casse de la Brink’s au Luxembourg en 2000) puis
blanchi dans des projets touristiques et immobiliers entre Marrakech,
Casa, Agadir et Fès. Son chef présumé est un Belgo-marocain de 50 ans,
à qui la police marocaine impute six assassinats politiques en Belgique
fin des années 1980, jusqu’ici non élucidés, et qui aurait aussi été un
informateur de l’Etat belge.
Pour le moment, c’est au tour de la défense de contre-attaquer. «Nous
avons une quinzaine de jours pour présenter notre défense, le verdict
sera prononcé après ce délai», explique Ramid. Une pétition pour
libérer les six détenus politiques est en circulation sur le Net.
Freedomforsix.ma (liberté pour les six), un site Web appelle à la
signature de la pétition en arabe, anglais et français. Elle a déjà
recueilli près de 500 signatures.