Journal N° 399
Mise en ligne le : 12/06/2009
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Amine Regala et Mohamed Moatassim.
Chronique d’une condamnation annoncée
Peine capitale pour le principal accusé Abdelkader Belliraj, perpétuité pour d’autres et des peines de prison allant de 20 à 30 ans pour les six détenus politique… Un verdict couru d’avance.
  Par : Fédoua Tounassi

Le monde des droits de l’homme est en émoi après le réquisitoire du Parquet général près la Chambre criminelle à Salé dans l’affaire Belliraj. Le procureur a requis, lundi 1er juin, la peine capitale contre Abdelkader Belliraj, accusé principal dans l’affaire, en plein débat au Maroc sur l’abolition de la peine de mort. «Le réquisitoire contre mon client ne repose sur aucune preuve, le Parquet n’a fait que reprendre ce qui est écrit dans les rapports de police. Les cinq ou six assassinats qui lui sont attribués ne reposent sur aucun fondement juridique», soutient Me Ahmed Taoufiq Idrissi, avocat de Abdelkader Belliraj. Le Parquet général a également requis la perpétuité contre 11 accusés dont les six considérés comme détenus politiques par l’opinion publique : Mustapha Moatassim, secrétaire général du parti Al Badil Al Hadari, et Mohamed Marouani, responsable du parti non autorisé d’Al Oumma dissout dans le sillage de l’affaire par une décision du Premier ministre Abbas El Fassi. Des peines de 25 ans de prison ferme ont été demandées contre Amine Regala, porte-parole du parti, Abdelhafid Sriti, le correspondant de la chaîne Al Manar du Hezbollah et Maa Al Aïnine Laâbadla, membre du conseil national du PJD. D’autres peines allant de 1 à 20 ans de prison ferme ont été requises contre le reste des accusés. «Les demandes du Parquet général sont exagérées et les peines requises dépassent l’entendement. Nous espérons que la justice fasse preuve d’indépendance et rende un verdict juste», déplore Mustapha Ramid, l’un des avocats de la défense. Le ton est à l’optimisme même si le cœur n’y est pas : «Pour moi, l’affaire a été jugée depuis la sortie médiatique du ministre de l’Intérieur en février dernier avec, à ses côtés, Charki Draïss le patron de la police. Ses déclarations ne laissaient aucun doute sur la suite de cette affaire», confie Ramid.

Doutes. Rappelons que l’affaire a éclaté le 20 février 2008 avec une conférence de presse de Chakib Benmoussa pour annoncer le démantèlement d’un dangereux réseau terroriste. «Le ton de Benmoussa ne laissait aucun doute quant à la culpabilité des principaux accusés», réplique pour sa part un juriste. Depuis, l’affaire du «Réseau Belliraj» a connu de nombreux rebondissements tous aussi rocambolesques les uns que les autres. «Le juge d’instruction Abdelkader Chentouf a toujours refusé d’autoriser la défense des six détenus politiques à prendre copie du dossier d’instruction», soutient un avocat de la défense. Depuis le démantèlement de ce présumé réseau terroriste, l’opinion publique est perplexe et peu encline à croire la version officielle. D’abord, la date de constitution de ce réseau aux profils hétéroclites (du gardien de voitures au pharmacien, du policier au gérant d’hôtel, du militant socialiste au correspondant d’Al Manar, la chaîne du Hezbollah libanais…), reste très controversée, ainsi que l’implication d’hommes politiques. Ensuite, les liens supposés du Réseau avec Al Qaïda à travers le Groupe islamique combattant marocain (GICM) et l’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC algérien, devenu branche d’Al Qaïda pour le Maghreb islamique), et ses cibles potentielles qui sont imprécises. Même l’arsenal découvert à Casablanca et Nador -kalachnikovs, pistolets mitrailleurs- qui, selon les autorités, «pourrait constituer la plus grosse saisie d’armes du Maroc» n’est pas crédible. Le réseau aurait été créé à Tanger en 1992. Son financement aurait été assuré par l’argent de hold-up (le célèbre casse de la Brink’s au Luxembourg en 2000) puis blanchi dans des projets touristiques et immobiliers entre Marrakech, Casa, Agadir et Fès. Son chef présumé est un Belgo-marocain de 50 ans, à qui la police marocaine impute six assassinats politiques en Belgique fin des années 1980, jusqu’ici non élucidés, et qui aurait aussi été un informateur de l’Etat belge.
Pour le moment, c’est au tour de la défense de contre-attaquer. «Nous avons une quinzaine de jours pour présenter notre défense, le verdict sera prononcé après ce délai», explique Ramid. Une pétition pour libérer les six détenus politiques est en circulation sur le Net. Freedomforsix.ma (liberté pour les six), un site Web appelle à la signature de la pétition en arabe, anglais et français. Elle a déjà recueilli près de 500 signatures.

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